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Faire preuve de résilience dans un monde anxiogène

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Publié le 23/10/2026
23/10/2026

Grandir, ce n’est pas seulement une affaire de tendance héritée; c’est aussi une question d’interaction complexe avec l’environnement facilitant.

— Winnicott, 1988


Grandir dans un monde qui fait peur

De nos jours, les enfants, les adolescents et les jeunes adultes avancent dans un contexte particulièrement anxiogène. Ils sont exposés à de l’information constante et rapide, alarmiste et souvent dramatique. Catastrophes climatiques, guerres, crises sociales, pandémies et bouleversements économiques alimentent un sentiment d’incertitude et d’impuissance.

«Une étude internationale menée auprès de 10 000 jeunes de 16 à 25 ans révèle une anxiété climatique très élevée: 84% se disent au moins modérément inquiets et 59% très ou extrêmement inquiets. (Hickman et al., 2021) Dans une étude récente sur la santé des jeunes Québécois au secondaire, 66% des élèves déclarent éprouver de l’écoanxiété, dont 41% à l’occasion, 17% fréquem­ment et 8% de façon constante (Traoré et al., 2024).» (Bellehumeur, 2026)

Contrairement aux générations précédentes, les jeunes ne sont pas seulement confrontés à ces réalités: ils y sont exposés quotidiennement, souvent sans adulte pour nuancer. De plus, la désinformation et la mésinformation sont constamment présentes un peu partout sur les réseaux sociaux. Tout cela donne lieu à une surcharge informationnelle qui peut avoir plusieurs effets: accroître l’anxiété («Il peut arriver quelque chose de grave à tout moment»), créer un sentiment d’impuissance ou de perte de sécurité interne, ou encore alimenter l’écoanxiété.

Dans ce contexte, développer la résilience ne signifie pas de «ne pas avoir peur», mais plutôt d’apprendre à vivre avec l’incertitude, sans être envahi par elle. Le cerveau des jeunes n’est pas conçu pour traiter un flot constant de menaces. Et comme les écrans sont omniprésents dans leur vie, cela peut activer leur système d’alarme (système nerveux sympathique) et provoquer toutes sortes de conséquences sur le jeune:

  • Hypervigilance (attention excessive à l’environnement pour détecter des menaces, réelles ou imaginées)
  • Anticipation du danger
  • Difficulté à se calmer
  • Questions existentielles négatives («À quoi bon, si la planète va si mal?»)
  • Irritabilité ou retrait
  • Peur du futur
  • Dépression à long terme


Le rôle de l’adulte : réguler, nuancer et favoriser la réflexion

Dans ces contextes, le rôle de l’adulte n’est pas de protéger le jeune du monde qui l’entoure, mais plutôt de l’accompagner pour l’aider à mieux composer avec les diverses situations qu’il pourrait vivre ou auxquelles il pourrait être exposé.

Voici donc quelques moyens pour stimuler les processus de résilience en lien avec les événements mondiaux.

  • Adapter l’information à l’âge de l’enfant.
    • Rester à l’affût de ce que le jeune regarde sur les écrans, s’intéresser à ce qui l’attire.
    • Filtrer en fonction de son âge (médias sociaux, applications, contrôles parentaux).
    • Recommander à l’enfant de venir poser ses questions à un adulte de confiance. Cette personne saura rassurer le jeune et trouver les bons mots pour aborder ce qu’il voit ou entend autour de lui (garderie, école, amis).
    • L’encourager à parler des craintes qui l’habitent: «Je vois que ça t’inquiète. On peut en parler ensemble pour que tu comprennes mieux ce qui se passe.»
  • Répondre à ses questions sans dramatiser ni banaliser: «C’est une situation sérieuse, mais il y a des adultes qui travaillent très fort pour aider et trouver des solutions.»
  • Vérifier ce que l’enfant a compris (et imaginé). Par exemple, un enfant qui entend parler de la guerre (ou la voit à l’écran) peut imaginer que cela pourrait arriver demain chez lui. L’adulte pourrait répondre quelque chose comme: «Cela se passe dans un autre pays. Ici, tu es en sécurité.»
  • Se réguler soi-même émotionnellement. L’adulte envahi par la peur et l’insécurité aura intérêt à se rassurer avant de répondre aux questions de l’enfant. Il pourrait lui-même échanger sur le sujet avec des personnes de confiance qui sauront l’apaiser.
  • Introduire des éléments de rationalité lorsque l’enfant est dans ses scénarios catastrophes: «Tu n’as pas à porter tout ça seul dans ta tête. On va regarder ensemble ce qui est probable et ce qui l’est moins.»
  • Stimuler le sentiment d’efficacité: ramener le jeune à des éléments plus concrets en cherchant avec lui des gestes à poser (écologiques, sociaux, relationnels). C’est une façon de lui dire (et de se dire à soi): «Tu ne peux pas tout changer, mais tu peux contribuer à petite échelle.»



Ce guide inspirant propose des repères concrets pour accompagner les jeunes en période de vulnérabilité et favoriser l’émergence des forces qui contribuent à leur équilibre.



NATHALIE PARENT, psychologue
Nathalie Parent est psychologue et autrice de plusieurs livres. Elle pratique la psychothérapie auprès des enfants, des ados, des adultes, des couples et des familles. Elle offre également des conférences et des formations sur différents sujets touchant la communication et les relations, le stress et l’anxiété, la gestion des émotions ainsi que le bien-être physique et psychologique. Chargée de cours à l’Université Laval pendant plus de 15 ans, elle se consacre maintenant à la transmission de son bagage de diverses façons: formations, médias, écriture, supervision.


Référence

Bellehumeur, C. (2026). Apports de la psychologie positive dans le contexte des changements climatiques. Psychologie Québec, 43(2), 36-37.

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