Qu'est-ce que la résilience?
La résilience est un processus évolutif d’adaptation et de reconstruction qui se déploie dans le temps à la suite d’un traumatisme, d’une perte ou d’une épreuve. Elle ne se manifeste pas de façon immédiate ni linéaire. Elle nécessite un temps d’effondrement, de questionnement, puis, graduellement, un mouvement vers la réorganisation intérieure.
La résilience ne signifie pas «aller bien tout de suite» ni «oublier ce qui s’est passé». Il s’agit plutôt de traverser l’épreuve en intégrant progressivement de nouvelles manières d’être, de comprendre et de vivre.
Comme pour une blessure qui cicatrise, le temps est une composante essentielle de ce processus: il permet à la souffrance de s’apaiser, à l’expérience d’être symbolisée, et à l’individu de se redéployer autrement.
La résilience chez l’humain peut être comparée à une forêt après un incendie. Lorsque le feu ravage la forêt, tout semble perdu: les arbres sont calcinés, le sol est noirci, la vie semble éteinte. Mais peu à peu, malgré les blessures profondes, la nature continue d’exister. Des graines enfouies dans la terre survivent, de jeunes pousses émergent des cendres, et la forêt renaît. Certaines espèces, comme les pins ou les eucalyptus, ont même besoin du feu pour germer. Lorsque le feu traverse la forêt, le pin ponderosa ne s’effondre pas. Son écorce épaisse et ses branches hautes le protègent des flammes. Même lorsque ses aiguilles brunissent, ses racines continuent de puiser de la vie dans le sol. Après le passage du feu, il ne disparaît pas: il s’adapte. En fait, le feu élimine la concurrence et libère des nutriments dans le sol, permettant à l’arbre de mieux croître.
La résilience, chez l’humain comme chez le pin, n’est pas l’absence de blessure. C’est la capacité de vivre, de repousser, et parfois de fleurir, malgré la brûlure. De la même manière, un être humain confronté à un traumatisme peut d’abord être marqué, secoué, brûlé intérieurement. Mais avec du temps et du soutien, et au moyen de ses propres mécanismes de protection (comme l’écorce du pin), il peut non seulement survivre, mais aussi transformer l’épreuve en source de croissance. Comme les graines du pin, certaines forces ou qualités ne se révèlent qu’après le choc: l’endurance, l’empathie, la persévérance.

Avez-vous déjà entendu dire que «le temps arrange les choses»? En fait, cette phrase est plutôt frustrante quand on a les deux pieds dans la souffrance. Le temps semble alors infiniment long. On voudrait bien qu’il avance plus vite et être rendu à l’apaisement. Mais c’est plutôt le «mode survie» qui prime.
Personne ne regarderait un feu de forêt les bras croisés en se disant que «le temps va arranger les choses», même si l’on sait que la vie va reprendre plus tard. On va plutôt déployer un périmètre de sécurité et tenter d’empêcher la progression du feu.
Certains auteurs parlent de digestion émotionnelle. Même si l’on veut aller vite et digérer rapidement, on ne peut pas «pousser» sur la nourriture à l’intérieur de soi pour accélérer le processus de digestion. Il possède son propre rythme. On peut favoriser la digestion avec certaines stratégies, comme bouger ou pratiquer certains exercices, masser l’abdomen, bien mastiquer, etc. C’est la même chose pour le processus de résilience. On ne peut pas «forcer» pour que les émotions viennent ou partent plus vite, mais on peut utiliser certaines stratégies :
- Se donner un moment de silence et d’introspection chaque jour. On peut commencer par cinq minutes, puis augmenter graduellement la durée. L’idée est de laisser aller les pensées qui viennent, puis d’identifier ses émotions et ses sensations physiques.
- Pratiquer un exercice de détente ou de méditation afin de favoriser la régulation et la digestion émotionnelles.
- Tenir un journal dans lequel on note ses observations sur son vécu et son ressenti.
- Pratiquer l’écriture automatique: écrire tout ce qui vient à l’esprit.
- S’exercer à la créativité: écrire des poèmes ou un livre, inventer des histoires, dessiner, peindre, créer, jouer à des jeux libres et symboliques (pour les enfants).
- Observer et apprécier la nature: se coucher au sol pour regarder le ciel, admirer un coucher de soleil, les arbres, le vent dans les feuilles, les oiseaux, un écureuil, l’eau qui coule, etc.
- Inventer des jeux : combat d’épées imaginaires, parcours à obstacles, jeux-questionnaires, etc.
- Favoriser et apprécier les moments «doux»: accalmie émotionnelle, moments de rire, affection d’une personne chère, mots doux, bain relaxant, etc.
- Écouter de la musique ou regarder un film qui rejoint le vécu émotionnel.

![]() | Extrait du livre La résilience: cultiver la capacité à rebondir chez les enfants et les adolescents, écrit par Nathalie Parent, psychologue. Ce guide inspirant propose des repères concrets pour accompagner les jeunes en période de vulnérabilité et favoriser l’émergence des forces qui contribuent à leur équilibre. |



