La douance, un atout ou un défi ?

Trouble du déficit de l'attention (TDAH)Motivation scolaireDouance / Double exceptionnalité / HPI
Publié le 05/10/2021
05/10/2021
Texte de Marie-Josée Caron, Elodie Authier, Marina Attié, Julie Duval et Marie-Claude Guay, psychologues et neuropsychologues et auteures du livre 10 questions sur... la douance et la double exceptionnalité chez l'enfant et l'adolescent, paru aux Éditions Midi trente (octobre 2021).


Que ce soit dans les bureaux de psychologues, dans les associations de parents ou même dans les médias, on remarque depuis quelques années un intérêt accru pour les enfants doués. Bien que cet engouement permette (enfin) de mieux comprendre le fonctionnement et les besoins d’enfants longtemps négligés par le système d’éducation, il s’accompagne malheureusement aussi d’une certaine confusion et de plusieurs fausses croyances.

Les mythes entourant la douance




« Il est très créatif, mais aussi hypersensible et malhabile socialement, est-ce qu’il serait un enfant à haut potentiel intellectuel (HPI)? »


« Mon enfant est bon à l’école, mais il est très anxieux et a des difficultés à demeurer attentif en classe, est-ce qu’il pourrait être doué ? »




Afin de démystifier les différentes idées véhiculées, il importe d’abord de préciser que la douance n’est ni un trouble ni un diagnostic, mais bien un terme utilisé pour décrire une infime portion d’individus qui présente des compétences hors du commun dans une sphère de fonctionnement (p.ex., domaine musical, sportif, intellectuel, académique). Ainsi, contrairement à la croyance populaire, la douance ne fait pas référence à un trait de personnalité ou au caractère de l’enfant, mais plutôt à ses aptitudes exceptionnelles dans un ou plusieurs domaines.



Bien que l’enfant doué intellectuellement soit souvent décrit par les médias comme un jeune très performant en classe, créatif et curieux, il serait aussi parfois dépeint comme étant anxieux, réactif, malhabile socialement ou hypersensible, ce qui ne s’avère pas représentatif de la réalité.


Par ailleurs, bien que l’enfant doué intellectuellement soit souvent décrit par les médias comme un jeune très performant en classe, créatif et curieux, il serait aussi parfois dépeint comme étant anxieux, réactif, malhabile socialement ou hypersensible, ce qui ne s’avère pas représentatif de la réalité. En effet, ces nombreux traits de caractère ou comportementaux sont souvent plus fréquemment vus chez les enfants tout venants ou chez les élèves ayant un trouble neurodéveloppemental, que chez les enfants à HPI. D’après les chercheurs, la douance semble au contraire avoir un effet protecteur contre ce genre de problématique et la grande majorité des enfants doués présente une meilleure adaptation sociale et psychologique que la population générale. Ils sont donc moins à risque de souffrir de  troubles de santé mentale comparativement à leurs pairs et plusieurs d’entre eux ne requièrent aucune intervention particulière.  

Qu'est-ce que la double exceptionnalité ?

Bien que la douance soit un atout précieux à plusieurs égards, elle n’est pas un bouclier contre tous les problèmes susceptibles d’affecter le fonctionnement de l’enfant. En effet, pour une minorité d’élèves présentant un haut potentiel intellectuel, leur douance coexiste avec un trouble neurodéveloppemental (trouble déficitaire de l’attention/ TDAH, trouble du spectre de l’autisme, trouble d’apprentissage, p.ex., dyslexie/dysorthographie, dyspraxie), ou un problème affectif  (p.ex., anxiété, comportements d’opposition, colères). On parle dans ces rares cas de double exceptionnalité.

Ce type de profil est généralement associé à plus de difficultés de fonctionnement comparativement aux enfants doués qui ne présentent pas de trouble associé. En effet, bien que la douance contribue souvent à diminuer la sévérité du trouble, voire à le masquer, on remarque chez l’enfant doublement exceptionnel plus de difficultés avec la régulation de ses comportements et de ses émotions ainsi que plus de problèmes au niveau des apprentissages scolaires. 

De plus, ce sont des enfants qui tendent souvent à être incompris, tant par leurs parents que par le milieu scolaire, et à ne pas recevoir l’aide dont ils auraient besoin, les freinant ainsi dans l’actualisation de leur plein potentiel. Dans un tel cas, une évaluation psychologique/neuropsychologique complète devient alors importante pour bien comprendre le fonctionnement cognitif et affectif de l’enfant. Elle permet ensuite de  guider la famille et les différents intervenants sur les interventions à privilégier pour favoriser le bien-être de l’enfant et l’actualisation de ses capacités.

Comment reconnaître la présence d'un autre trouble chez un jeune HPI ?

Rappelons que la douance se présente chez un très faible pourcentage de la population puisqu'elle se caractérise par des capacités franchement hors du commun et un épanouissement généralement positif. C'est donc sur cette base qu'on doit soupçonner sa présence.

Si un élève présente plutôt des difficultés de comportement, d'ajustement émotif ou relationnel, mieux vaut orienter la famille vers une évaluation de ces éléments particuliers. Soulever trop rapidement une hypothèse de douance auprès d'une famille peut effectivement mener à des préjudices pour l'enfant (difficulté à se montrer à la hauteur des attentes, enjeux d'identité et d'estime, mauvaise orientation ou traitement des difficultés, etc.)

L'intérêt grandissant envers le haut potentiel intellectuel au Québec est certainement positif et nécessaire pour mieux accompagner les jeunes exceptionnels. L'objectif principal de cet accompagnement est de mieux comprendre leur fonctionnement, de leur offrir tous les outils nécessaires à l’actualisation de leur plein potentiel et d’améliorer leur sentiment de compétence sans chercher à tout prix à les étiqueter et les placer dans une case à part. Comprendre la douance et ses manifestations, c’est avant tout offrir à l’enfant la possibilité de mieux se connaître et de s’épanouir dans son quotidien.

Pour aller plus loin...

Dans un contexte où la douance suscite de plus en plus de questions, et ce, tant dans les milieux scolaires que dans le grand public et dans les médias, il est primordial pour tous d’en avoir une compréhension commune, basée sur la littérature scientifique et les données probantes. Dans le livre 10 questions sur... la douance et la double exceptionnalité, les auteures répondent aux questions les plus fréquemment posées sur le sujet. Elles proposent également des pistes d’intervention permettant d’offrir des opportunités et des outils utiles à la réussite et à l’épanouissement des jeunes doués ou doublement exceptionnels.

10 questions sur... la douance et la double exceptionnalité chez l'enfant et l'adolescent par Marie-Josée Caron, Elodie Authier, Marina Attié, Julie Duval et Marie-Claude Guay, psychologues et neuropsychologues.

LES AUTEURES 

Marie-Josée Caron, Elodie Authier, Marina Attié, Julie Duval et Marie-Claude Guay, neuropsychologues pédiatriques de formation doctorale. Elles œuvrent dans divers milieux : en cabinet privé, en centre hospitalier, en milieu universitaire et en centre scolaire. Leur formation académique, leur implication en recherche ainsi que leur riche expertise clinique leur permettent d’avoir à la fois une connaissance étendue de la littérature scientifique et une compréhension affûtée de la réalité des jeunes doués et de leurs familles. Soucieuses d’intervenir dans le meilleur intérêt de ces derniers, elles partagent fréquemment leurs connaissances par le biais d’articles, de formations et de conférences.









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