14 juin

Timide un jour, timide toujours?

Timide un jour, timide toujours?

  

La timidité, vous connaissez? Peut-être l’avez-vous déjà côtoyée lorsque vous étiez enfant à l’école, avec les amis ou même en famille. Il est tout à fait normal d’être timide à l’occasion, mais pour certains enfants les symptômes peuvent devenir envahissants. De plus, ceux qui les subissent doivent aussi composer avec l’étiquette timide que les adultes leur attribuent. Une timidité qui persiste et prend de l’ampleur peut devenir très… gênante!                                 

Il semble que 30% des enfants âgés de 8 à 10 ans soient considérés comme étant timides par leurs parents, selon ce qu’avancent les psychiatres Christophe André et Patrick Légeron dans leur livre La peur des autres : trac, timidité et phobie sociale. La timidité ou l’inhibition est donc considérée comme un trait de tempérament, mais ça n’explique pas tout. Quel est l’environnement familial de l’enfant? Est-ce que ses parents sont timides ou surprotecteurs? A-t-il subi des moqueries de la part de ses pairs? Plusieurs facteurs expliquent la timidité d’un enfant, fait remarquer Nathalie Couture, psychologue et auteure du livre Super Moi surmonte sa timidité, paru aux Éditions Midi trente en septembre. Une faible estime de soi ou un manque d’opportunités d’être en relation avec les autres peuvent aussi contribuer à rendre un enfant timide. 

            

Pas facile d'être timide!        

L’enfant peut avoir de la réticence à rencontrer une personne pour la première fois, à participer à une fête d’anniversaire ou à lire un texte à voix haute en classe. Des symptômes physiques peuvent alors apparaître : maux de tête, nausées, voix tremblante… bref, une énorme envie d’être caché sous sa couette! «Beaucoup de gens diront avoir déjà vécu de la timidité dans certaines situations. C’est même parfois souhaitable d’être un peu gêné pour éviter de faire des gaffes», souligne Nathalie Couture. «Le problème devient plus important quand l’enfant s’empêche de vivre des situations sociales en raison de sa timidité. Par exemple, ne pas aller se baigner chez son voisin, car celui-ci n’est pas seul dans sa piscine», poursuit-elle.L’enfant timide ne l’est pas nécessairement dans toutes les situations sociales. Il peut très bien s’extérioriser lorsqu’il est en famille et devenir muet pour commander son repas au restaurant. C’est pourquoi il ne faut pas minimiser les conséquences au quotidien, rappelle la psychologue. 

                        

Être timide, mais un peu moins...

Souvent, cet enfant timide est envahi par un sentiment de honte ou de retrait social, qui peut devenir très étouffant. Pire, il peut développer de l’anxiété sociale. À ce sujet, une étude menée par des chercheurs du National Institute of Mental Health aux États-Unis en 2011 avait montré que sur les 10 000 adolescents de 13 à 18 ans interviewés, environ la moitié se disaient timides et 12% de ceux-là présentaient les symptômes qui correspondent aux critères diagnostiques de la phobie sociale. Bien que les deux peuvent être indépendantes, il est important de ne pas banaliser la portée de la timidité. Alors, que faire pour donner un coup de pouce à l’enfant qui doit vaincre sa timidité? Selon Nathalie Couture, il existe plusieurs manières pour le parent, pour l’enseignant ou pour l’intervenant de le faire. On peut l’aider à connaître ses forces et ses faiblesses, à dédramatiser ses peurs et on peut également l’accompagner à l’exposition graduelle aux situations sociales qu’il redoute. À l’aide d’exercices et de différents outils éducatifs, l’enfant apprendra à mieux se connaître et à sentir qu’il n’est pas seul ayant cette difficulté. «L’avantage avec le livre SuperMoi surmonte sa timidité, c’est qu’il s’adresse à l’enfant. L’enfant lit et se sent impliqué dans la démarche», souligne Nathalie Couture.                               Par exemple, un enfant qui se sent timide, mais qui désire participer à la fête d’anniversaire d’un ami pourra recourir à la «méthode des petits sauts» détaillée dans le livre. Tout d’abord, il devra identifier son objectif (accepter l’invitation), puis énumérer les sauts : 

            

  1. Jouer plus souvent avec cet ami à la récréation
  2. Inviter cet ami à jouer chez lui              
  3. Accepter l’invitation quelques jours avant sa fête
  4. Aller à la fête d’anniversaire de son ami.         

            

L’implication de l’adulte est souvent nécessaire pour structurer et encourager l’enfant dans les exercices. Dans le livre, on retrouve aussi de sympathiques « manuels d’instructions» pour se faire un ami ou pour inviter un ami à la maison, par exemple. L’enfant apprendra aussi à cultiver des Super Attitudes telles que sourire aux autres, regarder la personne qui lui parle et faire un compliment.                                     

La timidité n’est donc pas grave en elle-même. Elle empêche parfois d’être trop impulsif et c’est un trait de personnalité qui peut s’avérer inoffensif. L’important, c’est de ne pas la laisser prendre le dessus sur les rapports sociaux de l’enfant. Comme l’a affirmé Sylvie Bourcier, intervenante en petite enfance, «soutenir un enfant timide, c’est l’aider à diminuer son malaise et non vouloir changer sa nature».

                                

Ressources

André, Christophe et Patrick Légeron. La peur des autres : trac, timidité et phobie sociale, Paris, Odile Jacob, 2003.

National Institute of Mental Health, Maryland, États-Unis.

Couture, Nathalie et Geneviève Marcotte. Super Moi surmonte sa timidité, Éditions Midi trente, 2015.

                                      

Publié par Marie-Anne Dayé