28 mai

Choisir la vie

Parler de suicide avec les adolescents n’est pas toujours évident, mais c’est essentiel. Comment aborder ce sujet avec eux? Geneviève Dufour, psychoéducatrice et auteure du livre « Mathis : faire face aux difficultés et choisir la vie », nous donne quelques pistes et conseils. Entrevue.

Propos recueillis par Marie-Anne Dayé.


1. Pourquoi est-ce important de parler de suicide avec les adolescents? La situation est-elle si préoccupante?

Les statistiques sur le suicide sont préoccupantes : selon l’Organisation mondiale de la santé, le suicide est la deuxième cause de mortalité chez les jeunes de 15 à 29 ans après les accidents d’auto. On doit collectivement essayer de diminuer le nombre de décès par suicide, et ce, peu importe l’âge des personnes.

En abordant directement ce sujet avec les adolescents, on contribue à créer une zone de discussion et d’ouverture. Ces derniers doivent savoir qu’ils ne sont pas les seuls à vivre des moments difficiles et comprendre l’importance de demander de l’aide rapidement. On peut aussi les sensibiliser aux bienfaits d’une bonne santé physique et mentale (autant pour les blessures physiques que psychologiques).


2. Qu’est-ce qui différencie le livre « Mathis : faire face aux difficultés et choisir la vie » des autres ressources disponibles sur le suicide?

« Mathis » est écrit dans un langage accessible et vulgarisé, et s’adresse directement aux adolescents. Le lecteur peut autant être un jeune qui vit des moments difficiles qu’un autre qui s’inquiète pour un proche ou un ami. Bref, tous pourront y découvrir des trucs et des conseils adaptés à leur contexte. Les parents et les intervenants peuvent aussi y trouver des informations objectives pour mieux comprendre comment détecter la détresse chez les jeunes, les accompagner et les soutenir.


3. Le fait de s’adresser directement aux adolescents a-t-il un impact plus grand sur eux?

Je crois que la lecture est un excellent moyen pour rejoindre les jeunes qui n’iront pas chercher de l’aide, surtout ceux et celles qui sont plus timides. L’alliance entre la fiction et l’intervention permet de garder l’intérêt du jeune lecteur, tout en lui assurant l’accès à de l’information pertinente sur le sujet. Le personnage principal peut devenir un modèle ou une source d’inspiration pour les lecteurs qui éprouvent des difficultés similaires. D’ailleurs, cela semble également être la conclusion du Conseil britannique des arts, qui finance une nouvelle initiative encourageant les médecins anglais à recommander des livres aux adolescents et adolescentes aux prises avec la dépression, l’anxiété et d’autres troubles de santé mentale.


4. Comment un parent peut approcher son adolescent avec ce livre?

Le parent qui parle ouvertement de plusieurs sujets avec son jeune peut ouvrir directement le dialogue sur le suicide avec lui et lui proposer cette lecture. Toutefois, si la communication est plus difficile, je proposerais au parent de lire lui-même le livre et de le laisser traîner à la maison, en espérant que le jeune le feuillette et pose des questions par la suite. L’important est que le jeune réalise que son parent est disponible pour discuter du suicide et que ce dernier prend lui-même les moyens pour en apprendre davantage. Par contre, il n’est jamais recommandé d’imposer ce genre de lecture. Le parent qui s’inquiète pourra éventuellement interpeller des intervenants pour le guider dans les actions à mettre en place.


5. Comment les intervenants peuvent-ils l’utiliser?

« Mathis » peut être utilisé pour faire de la sensibilisation et de la prévention auprès des jeunes qui se montrent ouverts à recevoir des recommandations ou de l’aide. Les intervenants pourraient d’abord lire ce livre afin de prendre connaissance de son contenu, et ensuite utiliser certains des exercices lors d’une rencontre individuelle avec le jeune. Ils pourraient, par exemple, lui faire lire un passage dont le contenu est pertinent à ce moment-là, lui prêter le livre et lui suggérer d’en reparler la semaine suivante ou encore lire des parties ciblées et lui demander ensuite comment il aurait réagi dans une situation donnée.

Lorsqu’un jeune ne va pas bien, il peut refuser les conseils et la lecture du livre. Dans ce cas, les parents et les intervenants qui ont déjà lu le livre sauront mieux agir avec le jeune. En cas d’inquiétude, tous sauront, entre autres, que demander au jeune s’il pense au suicide est une intervention nécessaire.


6. Toi qui travaille auprès des adolescents, trouves-tu qu’il est difficile de parler de suicide avec eux?

Étonnamment, non. Les adolescents entendent déjà parler de suicide et sont ouverts à en discuter. La plupart du temps, ce sont nous, les adultes, qui sommes mal à l’aise avec ça. Le fait d’en parler n’incite pas les jeunes à avoir des pensées suicidaires ou à poser des gestes.


7. La lecture de ce livre est-elle recommandée à tous les jeunes, même ceux qui n’ont pas d’idées suicidaires?

Je crois que oui. Mathis donne des conseils positifs pour faire face aux difficultés de la vie en général. Même si les jeunes ne penseront pas tous au suicide, ils éprouveront tous un jour ou l’autre certaines difficultés. De plus, le livre peut aussi aider à savoir comment accompagner un ami ou un proche qui songe au suicide.


Mathis : faire face aux difficultés et choisir la vie
Geneviève Dufour, psychoéducatrice
120 pages; 12 ans et plus